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A Malte, la frustration bouillonne derrière la carte postale

19 Oct 2017
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La Valette (AFP)
Une femme tient une lanterne avec une photo de la journaliste assassinée Daphné Caruana Galizia devant le tribunal de La Valette, à Malte, le 17 octobre 2017 lors d\'une manifestation demandant justice

A Malte, l'assassinat choc d'une blogueuse influente engagée contre la corruption a fait exploser une frustration contre les institutions qui bouillonnait, derrière l'image de paisible paradis touristique du petit archipel méditerranéen.

Universitaires, avocats, amis de Daphne Caruana Galizia, déchiquetée lundi par l'explosion d'une bombe sous sa voiture, témoignent tous d'un plongeon abyssal de la confiance dans les politiques, la police, les hommes d'affaires et le système judiciaire.

Un message où il est écrit \

Et le pays se demande: si la critique la plus emblématique des institutions maltaises a été réduite au silence, qui va parler désormais ?

"Qui est responsable ? Franchement, nous le sommes tous. Le pays tout entier", assure à l'AFP Andrew Borg Cardona, un avocat renommé travaillant avec le mari de Mme Caruana Galizia.

"Nous ne sommes pas devenus un Etat sans droit, mais le gouvernement a donné l'impression qu'on pouvait faire pratiquement ce qu'on voulait ici, sans être pris", explique-t-il.

"Les gros poissons n'en font qu'à leur guise: ils construisent les bâtiments qu'ils veulent, blanchissent l'argent qu'ils veulent", insiste-t-il.

L'assassinat aux relents mafieux a braqué une lumière nouvelle sur le récent boom économique maltais, alimenté par les jeux de hasard en ligne, les sociétés offshore et des dispositifs offrant un passeport européen en échange d'investissements.

- 'Un tournant' -

Une prévision de croissance de 4,6% pour cette année, un quasi-plein emploi, un budget en excédent: ce boom a valu au Premier ministre travailliste Joseph Muscat une large victoire en juin aux législatives qu'il avait convoquées après des accusations de corruption lancées par Mme Caruana Galizia contre son entourage proche.

"De l'extérieur, Malte a l'air d'une île de vacances. Pour ceux qui vivent ici, il faut vivre avec" l'envers du décor, explique Matthew Demarco, un designer de 30 ans, venu rendre hommage à la journaliste assassinée devant un petit autel improvisé à La Valette.

Pour Andrew Azzopardi, professeur de sciences sociales à l'Université de Malte, ce meurtre a créé une "panique morale phénoménale" dans l'île.

"Nous sommes à un tournant en terme de dialogue politique. Cela sera une opportunité, ou alors nous pouvons nous enfoncer encore un peu plus", assure-t-il.

"Quand on vise Daphne, il n'y a pas qu'elle qui est visée, c'est beaucoup plus que cela", ajoute-t-il, en estimant que l'assassinat est "un signal d'alarme terrible".

"La classe politique a laissé tomber les gens en n'affrontant pas les problèmes. Ils ont laissé s'insinuer cette impression qu'il n'y a plus d'Etat. Il y a une impression que l'Etat ne nous protège pas", explique le professeur.

"Les institutions sont menacées, tout cela crée une certaine instabilité interne", aggravée par les multiples intrications au sein de la société maltaise, une petite communauté d'à peine 430.000 habitants.

- Confiance 'disparue, complètement' -

"Peut-être que nos politiciens et nos institutions sont trop proches des gens. On se connaît tous très bien. Cela peut créer une familiarité susceptible de mener au mépris", ajoute-t-il.

A commencer par l'ensemble des institutions, alors que la police a attendu 24 heures pour suspendre un agent qui s'était réjoui sur les réseaux sociaux, en des termes vulgaires, de la mort de Daphne Caruana Galizia.

Luke Frendo, un avocat de 31 ans ami du fils aîné de la victime, Matthew Caruana Galizia, appelle surtout les Maltais à combler le vide laissé par la mort de la journaliste.

"Dans le passé, tout le monde s'appuyait entièrement sur elle, et c'était très facile pour nous, parce que nous savions que Daphne dirait et ferait ce qui avait besoin d'être dit et fait", reconnaît-il.

"Cela nous a rendus accommodants, mais maintenant nous devons prendre nos responsabilités", assure-t-il.

En bons Européens du Sud, les Maltais n'ont jamais eu une grande confiance dans leur police et leurs institutions, rappelle Me Borg Cardona. Mais selon lui, cette confiance "a disparu, complètement", ces dernières années.

Par le passé, "quelque chose de cette magnitude aurait ébranlé le gouvernement et créé un mouvement dans la société. Je ne suis pas complètement sûr que cela se produise cette fois-ci", redoute-t-il.

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