Ce sont les réfugiés, et non les psychiatres, qui doivent quitter Nauru (MSF)

  • Posted 11 Oct 2018
Sydney (AFP)
Vue du camp de réfugiés n°4 de Nauru, île du Pacifique où sont relégués les réfugiés refoulés par l\'Australie, prise le 2 septembre 2018.

Médecins sans frontières (MSF) s'est élevé jeudi contre le fait que Nauru ait mis un terme à sa mission dans les centres de rétention de cette île abritant les réfugiés refoulés par l'Australie, décrivant une situation sur place "au-delà du désespoir".

Des psychologues de l'ONG lauréate en 1999 du prix Nobel de la Paix intervenaient depuis novembre sur la minuscule île du Pacifique proche de l'Equateur. L'organisation a annoncé samedi avoir reçu du gouvernement de Nauru l'ordre de cesser ses activités sous 24 heures.

"Ce ne sont pas les psychiatres et les psychologues de MSF qui devraient quitter Nauru, mais les centaines de demandeurs d'asiles et de réfugiés que l'Australie a piégé sur cette île depuis cinq ans", a déclaré jeudi dans un communiqué Paul McPhun, directeur exécutif de MSF Australie.

Plus petit pays insulaire du monde, Nauru s'est retrouvé sous le feu des critiques pour les conditions de vie des réfugiés, y compris des enfants, qui sont relégués sur son sol par l'Australie aux termes de sa politique draconienne d'immigration.

Les migrants qui vivent dans les camps de Nauru affirment avoir un accès limité aux soins. Les services médicaux sont débordés car de nombreux réfugiés et demandeurs d'asile souffrent de problèmes psychologiques.

"La situation mentale des réfugiés détenus indéfiniment à Nauru est épouvantable", a expliqué de son côté le docteur Beth O'Connor, psychiatre de MSF. "Ces 11 derniers mois à Nauru, j'ai vu un nombre alarmant de tentatives de suicide et de cas d'automutilation parmi les réfugiés et demandeurs d'asile, hommes, femmes et enfants, que nous avons traités."

"Nous avons été particulièrement choqués par le nombre d'enfants souffrant du syndrome de résignation, une détérioration de leur état au point où ils sont incapables de manger, boire ou même aller aux toilettes."

"Nos patients décrivent souvent leur situation comme étant pire que la prison, parce que quand on est emprisonné, on sait quand on sort", poursuit-elle.

MSF indique Nauru compte encore environ 900 demandeurs d'asile et réfugiés, dont 115 enfants. La quasi totalité se trouvent sur l'île depuis cinq ans.