Le général iranien Soleimani, un homme d'influence au Moyen-Orient

  • Posted 16 May 2018
Téhéran (AFP)
Des Iraniens brandissent le portrait du général Ghassem Soleimani, commandant de la force Qods des Gardiens de la révolution, l\'armée d\'élite de la République islamique, lors d\'une manifestation contre l\'annonce du président américain de reconnaître Jérusalem comme la capitale d\'Israël, à Téhéran le 11 décembre 2017.

Considéré par certains comme l'homme le plus populaire d'Iran, le général iranien Ghassem Soleimani est aussi vu comme l'un des responsables les plus puissants au Moyen-Orient et un adversaire redouté des Etats-Unis et ses alliés.

Chef de la Force Qods des Gardiens de la révolution, chargée des opérations extérieures de la République islamique, le général Soleimani joue actuellement un rôle clé dans les tractations politiques en vue de former un gouvernement en Irak, où son pays entend bien garder une influence prépondérante.

Cet homme de 61 ans, à la barbe poivre et sel, est devenu ces dernières années une véritable star en Iran avec de très nombreux followers sur son compte Instagram.

Après être resté dans les coulisses pendant des décennies, Soleimani a commencé à faire la Une des médias après le début du conflit en Syrie en 2011, où l'Iran, poids lourd chiite de la région, apporte une aide précieuse au régime de Bachar al-Assad.

Photos de lui sur le champ de bataille, documentaires, film d'animation: il est vite apparu incontournable.

Avec l'Iran empêtré dans une crise économique et les Etats-Unis mettant encore plus la pression sur Téhéran, notamment sur son programme nucléaire, des Iraniens en sont même venus à le voir comme un homme providentiel sur la scène politique intérieure.

- Homme clé en Irak -

Pour ses fans comme pour ses détracteurs, Soleimani, qui a joué un rôle important dans le combat contre les forces jihadistes, est l'homme clé de l'influence iranienne au Moyen-Orient où il a renforcé le poids diplomatique de son pays, notamment en Irak et en Syrie, deux pays où les Etats-Unis sont engagés militairement.

"Pour les chiites du Moyen-Orient, c'est un mélange de James Bond, Erwin Rommel et Lady Gaga", écrivait l'ancien analyste de la CIA Kenneth Pollack dans son portrait de Soleimani pour le numéro du magazine américain Time consacré aux 100 personnalités les plus influentes du monde en 2017.

"Pour l'Occident, il est (...) responsable d'avoir exporté la révolution islamique de l'Iran, de soutenir les terroristes (...) de mener les guerres de l'Iran à l'étranger", ajoute-t-il.

Le général Ghassem Soleimani, commandant de la force Qods des Gardiens de la révolution, l\'armée d\'élite de la République islamique, lors d\'une réunion à Téhéran, photo publiée le 18 septembre 2016.

L'homme déploie notamment ses talents dans l'Irak voisin. A chaque développement politique ou militaire dans ce pays, il fait le déplacement, pour agir en coulisses et surtout, en amont.

Percée du groupe Etat islamique (EI), référendum d'indépendance au Kurdistan ou aujourd'hui formation d'un gouvernement... A chaque fois, il a rencontré les différentes parties irakiennes et défini la ligne à tenir, affirment différentes sources qui ont assisté à ces réunions, toujours tenues dans le plus grand secret.

Son influence n'est pas nouvelle puisqu'il dirigeait déjà la Force Qods lorsque les Etats-Unis ont envahi l'Afghanistan en 2001.

"Mes interlocuteurs iraniens étaient très clairs sur le fait que même s'ils informaient le ministère des Affaires étrangères, au bout du compte c'était le général Soleimani qui prendrait les décisions", confiait en 2013 à la BBC Ryan Crocker, un ex-ambassadeur américain en Afghanistan et en Irak.

- Très populaire en Iran -

Un haut responsable irakien le décrit comme un homme calme et peu bavard.

"Il est assis à l'autre bout de la pièce, seul, de façon très calme. Il ne parle pas, ne commente pas (...) il écoute uniquement", a-t-il indiqué au New Yorker.

A l'étranger, certains dirigeants occidentaux le voient comme un personnage central dans les relations de Téhéran avec des groupes comme le Hezbollah libanais et le Hamas palestinien.

Le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson indiquait mardi qu'un projet américain de renverser le régime en Iran serait une erreur, précisément parce que cela pourrait mettre Soleimani "dans une très bonne position pour qu'il succède à l'ayatollah Khamenei" à la tête de l'Etat.

Car s'il est vu comme le loup blanc par plusieurs pays occidentaux, il est très populaire chez lui.

Selon une étude publiée cette année par IranPoll et l'université de Maryland, 83% des Iraniens interrogés ont une opinion favorable de Soleimani qui est classé devant le président Hassan Rohani et le chef de la diplomatie Mohammad Javad Zarif.

Le général iranien a cependant tenu à rejeter les rumeurs selon lesquelles il pourrait se présenter à l'élection présidentielle de 2021.

Mais pour beaucoup en Iran, un militaire pourrait bien être leur planche de salut après des années de marasme économique.

"Si un président militaire était élu, il pourrait à coup sûr résoudre les problèmes des gens", affirmait en mars un membre du Parlement conservateur, dans une allusion claire à Soleimani.