Des centaines d'Irakiennes manifestent pour défendre leur place dans la révolte

  • Posted 13 Feb 2020
Bagdad (AFP)
Des Irakiennes manifestent contre le gouvernement sur la place Tahrir, dans le centre de la capitale Bagdad, le 13 février 2020

Des centaines d'Irakiennes ont manifesté jeudi sur la place Tahrir de Bagdad pour défendre leur place dans la révolte qui s'essouffle et répondre à de récentes directives du leader chiite Moqtada Sadr contre la mixité dans les manifestations antipouvoir.

Le temps de ce défilé inhabituel, l'emblématique rond-point du centre de la capitale irakienne a retrouvé ses airs de la fin 2019, lorsque la révolte populaire inédite née le 1er octobre battait son plein.

Depuis, le mouvement s'est essoufflé, émaillé par des violences ayant fait près de 550 morts et 30.000 blessés selon un bilan officiel, quasiment tous des manifestants.

Mais des centaines de protestataires continuent de réclamer la refonte du système et une classe politique renouvelée.

Jeudi, les manifestantes --de tous âges-- demandaient aussi que leur voix soient entendues, ayant été de tous les défilés, pour la première fois aux côtés des hommes dans une société conservatrice et tribale.

"Certains nous ont critiquées il y a quelques jours et voudraient que les femmes rentrent à la maison et se taisent", affirme à l'AFP Zineb Ahmed, étudiante en pharmacie, en référence à Moqtada Sadr.

"Mais aujourd'hui on marche en nombre pour leur dire que toutes leurs tentatives vont échouer".

Depuis plusieurs jours, sur Twitter, le très versatile Moqtada Sadr a réclamé la fin des manifestations mixtes et accusant les manifestants de consommer alcool et drogues.

Une Irakienne fait le signe de la victoire lors d\'une manifestation antipouvoir sur la place Tahrir, dans le centre de la capitale Bagdad, le 13 février 2020

De quoi ajouter à la colère des manifestants, qui l'accusaient déjà de les avoir trahis en soutenant le Premier ministre désigné Mohammed Allawi, que les protestataires refusent pour avoir déjà été ministre deux fois au sein du système qu'ils veulent mettre à bas.

Alors que des affrontements ont récemment opposé les manifestants et les partisans de Moqtada Sadr, les "casquettes bleues", faisant huit morts dans les rangs des protestataires, le chef chiite a prévenu jeudi que son mouvement ne resterait "pas les bras croisés et silencieux face aux insultes contre la religion, la morale et la patrie".

Se lançant dans des comparaisons qui ont suscité l'ironie sur les réseaux sociaux, il a ajouté ne pas vouloir que l'Irak "se transforme en un Kandahar de l'extrémisme ou en un Chicago de la débauche et de l'homosexualité".

"La révolution, c'est moi", ont répondu les manifestantes jeudi.

Détournant le slogan phare de la révolte emprunté à Moqtada Sadr --"qu'on les arrache tous par la racine"-- elles ont aussi scandé: "qu'on les arrache tous par la racine, même celui qui a dit ça".