Bataille au centre chez les démocrates, le milliardaire Bloomberg cible de choix

  • Posted 16 Feb 2020
Washington (AFP)
Michael Bloomberg le 21 décembre 2019 à Détroit dans le Michigan

Le milliardaire Michael Bloomberg est devenu dimanche la cible principale des autres candidats aux primaires démocrates, notamment de ceux cherchant comme lui à rallier les électeurs modérés, avant une semaine cruciale pour la nomination du futur adversaire de Donald Trump.

L'ancien maire de New York, placé troisième au niveau national dans la moyenne des sondages, derrière l'ancien vice-président Joe Biden et le sénateur socialiste Bernie Sanders, a notamment enregistré ces derniers jours un soutien croissant au sein de la population noire.

Quelque "60 milliards de dollars peuvent vous acheter beaucoup de publicité, mais cela ne peut pas effacer votre bilan", a taclé dimanche Joe Biden sur NBC, lui reprochant notamment de ne pas avoir soutenu la candidature de Barack Obama en 2008.

L'ancien numéro deux du premier président noir des Etats-Unis a de quoi s'inquiéter à moins d'une semaine du troisième vote des primaires, dans l'Etat du Nevada. Populaire parmi les Noirs et les Latinos, M. Biden serait le premier à pâtir d'un report sur Michael Bloomberg du soutien des minorités, crucial pour remporter l'investiture démocrate pour la présidentielle de novembre.

Autre difficulté, les deux septuagénaires se partagent le couloir centriste avec deux autres candidats: l'ancien maire Pete Buttigieg, qui a remporté d'un cheveu l'Iowa, premier Etat ayant voté dans le cadre des primaires, et la sénatrice Amy Klobuchar, qui a fait forte impression en arrivant troisième dans le New Hampshire.

Cette dispersion joue en leur défaveur face à une aile gauche qui semble se rallier autour de Bernie Sanders.

Dimanche, M. Biden a également reproché à M. Bloomberg d'avoir longtemps défendu la politique des interpellations et fouilles arbitraires ("stop-and-frisk"), accusée d'avoir suscité une explosion des contrôles au faciès à New York.

Le neuvième homme le plus riche du monde selon Forbes a réitéré jeudi ses excuses pour cette pratique, dont il a reconnu qu'elle avait mené à l'arrestation de "trop d'innocents", dont "une immense majorité" de Noirs ou de Latinos.

"Prenez Carter ou Clinton ou Barack, ils avaient un soutien massif des Afro-Américains", a martelé M. Biden. "Je suis le seul qui a (...) leur soutien. Ils me connaissent. Ils savent qui je suis."

- Absent des débats télé -

Après deux résultats très décevants dans l'Iowa et le New Hampshire, M. Biden compte précisément sur leur vote pour relancer sa campagne, notamment en Caroline du Sud, un Etat bien plus divers, le 29 février.

Paradoxe: si les attaques se concentrent sur lui, M. Bloomberg ne sera en lice ni en Caroline du Sud, ni dans le Nevada samedi. Délaissant ces Etats peu pourvus en délégués, il mise sur une entrée dans la course qu'il espère fracassante lors du "Super Tuesday" le 3 mars. Voteront alors 14 Etats d'un coup, dont le Texas et la Californie, qui élisent le plus grand nombre de délégués -- qui désigneront in fine le candidat démocrate en juillet.

De par son démarrage tardif, qu'il avait justifié par ses craintes que les modérés ne puissent pas l'emporter avec Joe Biden, M. Bloomberg n'a d'ailleurs encore participé à aucun débat télévisé -- et ne fera pas non plus partie du prochain, mercredi à Las Vegas.

"Vous ne pouvez pas vous cacher derrière les ondes télévisées" des spots de campagnes payés grâce à sa fortune personnelle, a accusé la modérée Amy Klobuchar sur CNN. "Je sais que je ne peux pas le battre sur les ondes, mais je peux le battre sur l'estrade des débats", a assuré la candidate, qui peine à se faire un nom en dehors de son MidWest d'origine.

En lutte avec elle pour la troisième place dans les sondages du Nevada (derrière MM. Sanders et Biden), Pete Buttigieg, 38 ans, a également critiqué ces "milliards de dollars" permettant à l'ex-maire new yorkais de déferler sur les chaînes américaines.

Interrogé sur la politique de M. Bloomberg vis-à-vis des Noirs, ainsi que sur des allégations de sexisme remises sur la table par une longue enquête du Washington Post samedi, le jeune Buttigieg n'a pas hésité à attaquer: "Je pense qu'il devra en répondre", a-t-il estimé sur Fox News.

L'ex-maire de la petit ville de South Bend, qui souffre d'un déficit de popularité au sein de la population noire, s'est engagé à "parler des problèmes" des minorités afin de "gagner leur confiance".

Tout en réitérant un message se voulant rassembleur: "Beaucoup des électeurs de couleur à qui je parle sont concentrés sur une chose: battre Donald Trump."