Mieux comprendre le contexte et l’objectif du ‘Joint Technical Committee Report’ sur l’industrie sucrière

  • Posted 05 Jun 2018
Mieux comprendre le contexte et l’objectif du ‘Joint Technical Committee Report’ sur l’industrie sucrière

A la suite des réactions dans les médias sur certains contenus du 'Joint Technical Committee Report on Sugar', la Chambre d'Agriculture souhaite remettre cette discussion dans un contexte plus large en y apportant un éclairage.

Le rapport, commandité par le gouvernement et rédigé par des techniciens de l'industrie, a pour objectif de faire un état des lieux et de proposer des pistes pour garantir la survie du secteur. Il repose sur les principes fondamentaux suivants : assurer la durabilité de cette industrie et la mettre sur un pied d'égalité avec les autres secteurs de l'économie. Le comité technique, et non consultatif, avait pour mandat de recommander une réforme cohérente et sur le long terme, d'où le rapport. Celui-ci a pour but ultime de favoriser la pérennisation du secteur pour le bénéfice de tous ses acteurs.

Le rapport concerne l'industrie dans son ensemble et, en tant que tel, englobe tous les aspects de son opération. Les moyens identifiés pour atteindre cet objectif de pérennisation du secteur sont d'augmenter les revenus des producteurs et de réduire les coûts de production. Si cet objectif est atteint grâce au travail concerté de tous les acteurs concernés, l'industrie pourra continuer à contribuer au développement socio-économique du pays.

Afin de permettre une meilleure compréhension de ce contexte, les questions et réponses ci-dessous devraient apporter un éclairage sur le sujet.

1.    Pourquoi ce rapport n'a-t-il pas été fait en consultation avec tous les acteurs du secteur ?

En juillet 2017, la Chambre d'Agriculture et le Syndicat des Sucres tirent la sonnette d'alarme par rapport à la baisse du prix du sucre sur les marchés européens ayant un impact direct sur les prix des producteurs locaux, ce qui mettait en péril la viabilité de tout le secteur. A cette date, le prix de la tonne de sucre était passé à Rs 11 000, perdant Rs 6 000 sur une période de 5 ans. Le ministère de l'Agro-industrie prend la mesure du dossier et le Conseil des ministres demande l'institution d'un comité technique pour faire un état des lieux du secteur et proposer des mesures fortes pour assurer sa pérennité. Le ministère de l'Agro-industrie propose alors la mise en place d'un comité technique coprésidé par le ministère de l'Agro-industrie et le Chambre d'Agriculture. L'équipe est composée d'experts techniques représentant le ministère de l'Agro-industrie, le ministère des Finances, la Mauritius Cane Industry Authority, le Mauritius Sugar Syndicate et la Chambre d'Agriculture. Il s'agissait donc de mettre en place un comité technique, et non consultatif, avec un mandat précis sur l'identification des mesures à court et à long termes. En mai 2018, le ministère de l'Agro-industrie formule une demande pour que le rapport lui soit remis dans le cadre des consultations pré-budgétaires.

2.    Selon la presse, le rapport fait état d'une réduction des effectifs au sein de l'industrie. Pourquoi ?

La masse salariale représente 60 % des coûts opérationnels de l'industrie cannière. Comme l'objectif de ce comité technique est de proposer des mesures visant à réduire ces coûts, il était donc logique de considérer cet item.

Pour mettre les choses en perspective, le rapport recommande une révision des cadres légaux et des anomalies dans lesquels opère l'industrie, notamment la rémunération des employés qui est sujette à un mécanisme de double compensation, mais aussi en termes de charges. Cela a un impact considérable sur la réforme de l'industrie. En sept ans, le poids économique de la masse salariale a augmenté d'un peu moins de 65 % alors que les revenus de l'industrie ont baissé de 40 %. Pour assurer sa survie, il faut une réflexion sur l'emploi dans cette industrie. L'industrie cannière doit opérer dans un cadre légal harmonisé afin d'être sur un pied d'égalité avec les autres secteurs économiques.

3.    Quel pourrait être l'impact socio-économique si jamais les recommandations du rapport ne sont appliquées ?

L'impact socio-économique pourrait être très fort. Le secteur contribue officiellement à hauteur de 2 % au PIB, mais c'est sans compter toutes ces filières qui opèrent autour de l'industrie, notamment le transport et les entrepreneurs - production d'énergie, distillerie, nourriture pour animaux. Si l'on tient compte de cela, la contribution du secteur « sucre » pourrait monter jusqu'à 10 % du PIB.

Une telle situation aura aussi un impact conséquent sur le secteur de l'énergie, sachant que l'industrie cannière contribue à hauteur de 60 % à la production d'électricité. Le comité technique préconise simplement le paiement de la bagasse à sa juste valeur économique. Pour mettre cela dans un contexte plus large, 16% de l'électricité locale est produite à partir de la bagasse, ce qui contribue largement à l'objectif du gouvernement de produire 35% d'énergie renouvelable d'ici à 2025.

En outre, un effondrement de l'industrie cannière aura un impact sur la rentrée de devises étrangères dans la mesure où 90 % du sucre produit à Maurice est exporté.

4.    Avec toutes ces recommandations, est-ce que l'industrie peut réellement être pérenne ?

Oui, mais à condition que toutes ces recommandations soient implémentées. L'industrie du sucre a connu une évolution constante depuis sa création. Ces dernières années, cette évolution s'est accélérée avec la fin des accords préférentiels et des prix garantis, ainsi que la fluctuation du cours mondial du sucre. Cette évolution a toujours été rendue possible par un travail concerté de tous les acteurs. La pérennité dépend donc de ce travail concerté et de l'engagement de toutes les parties prenantes de l'industrie.

5.    Quel est le timeline de mise en oeuvre de ces recommandations ?

La mise en oeuvre de ces recommandations est la prérogative du gouvernement. Selon ce rapport technique, celles-ci s'étalent sur le court et moyen terme.

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